| Le pouls de l'art |
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| Écrit par Monique Kroeger | |||
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Le pouls de l'art Le printemps dernier, une petite galerie du campus de UBC présentait une exposition formée d'une dizaine d'artistes contemporains chinois, regroupés à Pékin. Ces artistes font partie d'un mouvement d'art qui lutte contre la domestication de l'être humain par le biais de la culture et des idéologies : le 85 New Wave Art Movement. L'exposition rassemblait d'immenses photos, dont les thèmes, aussi si familiers qu'ils pouvaient être, surprenaient par leur 'orientalisme'. Du poétique au macabre, en passant par le loufoque, on ne pouvait s'empêcher de penser que ces images étaient d'une singulière authenticité. Tout y passait : sexualité, psycho-logie, liberté... De l'Ophélie asia-tique et mâle de Dai Guangyu au chou que Hang Bing promène en laisse d'une capitale européenne à l'autre, en passant par un traitement d'acupuncture réservé aux êtres souffrant de troubles mentaux, les sujets impressionnaient, dérangeaient. L'exposition bouillonnait d'une effervescence souterraine que l'Occident ne connaît plus depuis plusieurs décennies.
Ça bouge, en Chine, on sent que l'œuf millénaire est en train de craquer. Et nous, où en sommes-nous? En Occident, de nos jours, l'art est bien fait. Faute de grands débats, semble-t-il, l'art se perfectionne. Les techniques se multiplient, s'affinent, en danse, art visuel, musique. L'art s'embourgeoise, se met au goût du jour. Il se personnalise. La musique lie les peuples, le cinéma est divertissant, le théâtre se fait chroniqueur de la vie quotidienne. Les peintres étalent élégamment leurs pigments, les grands spectacles de cirque ont remplacé les opéras. Si les préoccupations de la Chine artistique nous paraissent dépassées. Après tout, depuis que Manet a peint son Déjeuner sur l'herbe il s'en est passé des choses. Côté musique, le rock a tout fait éclater. La férocité de leur démarche devrait nous remettre la puce à l'oreille. Car ici, pas grand chose. L'art se fait sympathique. Chacun sa technique, chacun sa quête. L'art devient narcissique et ne peut, au mieux, que faire figure de décoration. Au pire il revient à ses sources, comme un vieil enfant à sa mère. S'il se passe beaucoup de choses, dans le monde de l'art, c'est que la machine est devenue payante, surtout dans les arts visuels et la musique. On demande à nos artistes de nous parler des beautés de la nature, de la bonne entente entre les masses, de nous bercer l'âme, en somme. Serions-nous à ce point confortable dans nos chaussons que nous ne trouvons plus rien à questionner? Qui aujourd'hui, peint un Guernica congolais, qui se penche sur la fracturation des êtres et de leurs sociétés? Qui pose, ou plutôt, repose les grandes questions philosophiques? Chaque génération en a pourtant le devoir. Sinon, ce que l'on nomme la culture et qui n'est en fait qu'un mode de vie, s'incruste, se pétrifie. Car la culture, ne l'oublions pas, n'est, a priori, qu'une chose morte, un entrepôt de schémas achevés, le bilan d'une époque, sujette elle aussi aux lois implacables d'Anankè. Le peintre Kandinsky disait que plus le monde devient effrayant, plus l'art devient abstrait. Et c'est justement dans cette abstraction, dans l'absence d'objets, que l'on rejoint le domaine platonique des Idées, celui de la fécondité, de la naissance et de l'incarnation. C'est celui de l'artiste, dont la tâche est de faire naître dans les consciences ce qui n'y existait pas auparavant. Mais le terrain n'est pas très facile et dans un monde qui effraye de plus en plus, l'art semble être à bout de souffle. Nos grands mouvements se font attendre. Nous avons dépassé l'abstrait, nous regardons droit dans le vide. Plus les structures géopolitiques et culturelles s'effondrent, plus l'art se fait conservateur, voire même protectionniste, s'accrochant à des va-leurs périmées, préconisant une harmonie prématurée, de ce fait utopique, alors que le cours de l'histoire s'accélère avec une vélocité quasi cataclysmique. L'art a perdu le nord. 'Qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons nous'. Toujours pas de réponses, sinon à l'état fragmentaire de quelques opinions, et le temps commence à presser. Si le rôle de l'artiste dans la société est encore celui de la libérer des ses constrictions, la question se pose en toute légitimité : où sont nos artistes?
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